Conférence SACESR reportée en janvier : La fée Mélusine, vrai soleil de son temps. Du conte au roman

Date: 27 January 2019

Horaire: 17h30-19h

Lieu: CESR, SALLE RAPIN

Organisateur : Jean-Jacques VINCENSINI, Professeur émérite de langue et littérature médiévales à l’Université de Tours

Documents à télécharger : 
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Résumé : 

« Mon propos présentera l’une des plus célèbres fées médiévales, Mélusine. Rabelais et Alfred de Musset, Gérard de Nerval et Marcel Proust, André Breton, René Char et tan d’autres ont entendu les cris douloureux de cette femme de l’autre monde, féconde et puissante et, pourtant, femme trahie et perdue dont les soupirs amers se feraient encore entendre sur Lusignan en Poitou. Vrai soleil de son temps, selon Brantôme, son éclatant souvenir n’a jamais cessé d’étinceler. Plus, sans doute, que celui des princes et des rois qui ont porté le nom de Lusignan. Son illustre renommée, la fée serpente la doit non seulement aux légendes que l’on racontait et raconte encore dans le pays poitevin, mais aux romans de Jean d’Arras et de Coudrette, récits parmi les plus célèbres et les plus traduits en langues étrangères de la flamboyante fin du Moyen Âge.

Le succès de l’oeuvre en prose de Jean d’Arras tient à bien des raisons. Cette communication a pour but de mettre en lumière trois de ces raisons, d’emprunter trois pistes qui guident vers la compréhension de la présence magnétique de la fée Mélusine dans l’imaginaire occidental. La première de ces pistes guide vers le pays des merveilles d’où surgit « Mélusine » l’épouse féerique, bienfaitrice mais trompée, bien connue des contes issus du folklore. Dès la fin du XIIe siècle, ces contes se sont greffés sur la littérature écrite. Ainsi, en lisant Jean d’Arras, le regard porte sur quelques témoins de la résurgence, au sein de la littérature dite « savante », de la culture orale traditionnelle. La deuxième piste éloignera des traditions populaires et conduira vers l’acte culturel éminent qui a vu, en août 1393, Jean d’Arras offrir son roman (pas son « conte » !) à celui qui lui en avait demandé la rédaction, Jean de Berry. Ce prince qui, à défaut de jouir d’une réputation morale inaltérable, vivait auréolé d’un immense prestige. Mais ces deux pistes ne conduisent pas vers les significations qui sous-tendent cette oeuvre harmonieuse. Harmonieuse car elle joint étroitement et rigoureusement les imaginaires de fondation, de conquête et de civilisation. »

Jean-Jacques Vincensini